L'ILLUSIONNISTE

Publié le par Luc BOUTET

Les critiques de spectacles ne font pas bien leur travail, je l’affirme sereinement. J’ai eu beau parcourir tous les magazines, feuilleter toutes les gazettes germanopratines "podcaster" toutes les émissions TV et Radios, je n’ai pas trouvé un seul "papier" critiquant sévèrement un artiste qui se produit, depuis le 6 Mai 2012, sur une belle scène parisienne : le Théâtre du Palais de l’Elysée.

D’aucuns disent que  c’est un illusionniste de très grand talent.

Il n’est plus très jeune et il a fait une longue carrière. Il est très connu sur la scène professionnelle. Il a donné des représentations célèbres pour leur atonie navrante, au Théâtre de la Rue de Solférino. A cette époque il donnait également des séances théâtrales, le mardi et le mercredi, en matinée, au Théâtre du Palais Bourbon. Il jouait en duettiste, avec un compère "l’Amer de Nantes". Un célèbre bonimenteur. Les deux comparses interprétaient des rôles de composition, habilement ficelés, basés sur la gestuelle et l’imprécation outrancière. Le thème récurrent de leur numéro de comiques troupiers, très bien rodé tant ils l’avaient joué, était : l’Anti-sarkozisme-primaire.

Un très grand spectacle. Ils firent florès.

Leurs carrières artistiques connurent un essor fulgurant lorsque le plus célèbre d’entre eux, "François-l’embrouille", après une grande tournée en France, où il joua de nombreux  spectacles d’illusionnistes, où il fut au sommet de son art, décrocha un contrat de cinq ans au Théâtre du Palais de l’Elysée. "L’amer de Nantes" signa de son côté un beau contrat, à durée indéterminée, au Théâtre de Varenne.

L’illusionniste de l’Elysée tente cette semaine un numéro de grande qualité, intitulé "le référendum-pour tous".

C’est un tour de force scénique ou l’illusion est portée à sa quintessence. Le numéro a été réclamé par des obligés, qui se sont concertés. Ce sont d’anciens collègues dont l’un lui a succédé au Théâtre de la Rue de Solférino : "Art-Lem nommé désir".

Un très grand comédien, s’il en fut.

Depuis son arrivée au Théâtre du Palais de l’Elysée, "François-l’embrouille" n’a pas cessé de perdre des spectateurs. Il ne remplit plus la salle qu’à vingt-sept pour cent. La grogne monte et les spectateurs sont de plus en plus mécontents et moins nombreux à la séance du lendemain.

Pour se rabibocher avec la clientèle "François-l’embrouille" viens d’imaginer un redoutable effet de scène, relevant de la chimère et de l’utopie théâtrale. Il va distribuer un questionnaire à chaque spectateur où sera posée une question : "êtes-vous d’accord sur le fait que les comédiens se doivent d’être rigoureusement honnête et jurent de ne pas duper les spectateurs, pendant la durée de leurs spectacles ?"

Tout le monde s’accorde à dire qu’il va recueillir une belle majorité de "oui".

Pourtant un groupe de clients, férocement contempteur, parmi l’assistance, dit que la question posée n’est pas la bonne et qu’il aurait fallu demander aux spectateurs : "voulez-vous que mon spectacle continue ?"

Luc BOUTET

Publié dans BILLET D'HUMEUR

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